Bon,ben, ça y est l'automne est là. J'ai essayé de faire durer l'été en mettant du soleil dans mes livrre et en gardant le coton sur mes épaules, mais ç'est bien fini cette fois. La pluie est tombée sur la cité phocéenne et les pulls sont de rigueur. Ma rentrée livresque s'est aussi faîte. Mais avant de passer aux devoirs, revoyons mes dernières lectures de vacances...
Comme je vous l'ai annoncé lors d'une de mes précédentes notes, j'ai eu entre les mains la nouvelle de Curzio Malparte, un de mes auteurs favoris, intitulé Un compagnon de voyage, paru dans la très belle édition du Quai Voltaire. J'ai été très surprise par leur format (il s'agit d'un tout petit livre), par le style (on n'est loin des longues phrases empreintes de poésie de Kaputt ou La Peau), qui se veut sobre et efficace. On y retrouve néanmoins les thèmes préférés de l'auteur germano-italien: la guerre, le patriotisme, l'amitié, la bassesse humaine. Un petit plaisir.
Je me suis ensuite plongée dans un bon gros pavé, tout ce qu'il y avait de plus attirant: près de 1150 pages, un titre mystique (Jonathan Strange et Mr Norell), de la magie, une trame historique. Ce premier roman gargantuesque de l'écrivain britannique Susanna Clarke, restera comme une lecture à-part. On y découvre un style comme on en voit plus, hérité des grands auteurs anglais du XIXe siècle, tout un monde et un paratexte (des notes incroyables, dont la plus grande d'entre elles fait 5 pages!) lié au monde et à l'histoire de la magie anglaise créés de la seule imagination de l'auteur et une histoire cinématographique en diable, avec des personnages aux caractères savoureux. J'ai été bluffée par ce véritable défi que cette quinquagénaire s'est lancée il y a plus de dix ans pour écrire cette oeuvre intemporelle, et pourtant marquée par l'Histoire, féérique et réaliste, magique et tellement humaine à la fois. On pourrait presque parler de trois livres en un, ma partie préférée correspondant au début de la troisième; lorsque l'action se déplace dans une Venise plongée dans les ténèbres, digne d'un film tout droit sorti des studios de la Hammer. Je vous conseille d'aller sur l'excellent site Le Cafard cosmique qui a écrit une longue note sur l'histoire de ce livre: Coup de Génie ou coup Marketing? et pour ceux qui n'ont pas peur des critiques assassines, la critique du webzine.
Dans un ton beaucoup plus léger, j'ai fini le mois de juillet, avant ces deux lectures plus savantes, par un premier roman, Le Diable s'habille en Prada dans le monde de l'édition: Cherche auteur desespérément de Debra Ginsberg, qui a tout à fait la tête de l'emploi. Oh, c'est sûr que ce n'est pas du grand style et on est très loin de Fictions de Borges ou même de Si par une nuit d'hiver un voyageur d'Italo Calvino, mais bon c'est une lecture d'été assez sympa qui a eu un beau succès outre-atlantique.
Par nostalgie sans doute, avec la rentrée scolaire, je suis allé sur le site de mon ancien QG (IUT d'Aix-en-Provence) pour trouver quelques idées de lectures. Je n'ai en effet jamais été déçue par les conseils de mon ancien professeur de narratologie. C'est quand même lui qui m'a fait découvrir la littérature sud-américaine: Borges, Garcia Marquez, Cortazar...D'ailleurs, à propos de littérature hispanophone et de réalisme magique, je suis entrain de lire un petit bijou, mais chut! Je vous en dirai plus quand je l'aurai fini dans quelques jours...
Sinon, j'ai achevé hier la lecture de mon premier roman de John Fante. J'avais entendu parler de cet auteur, mais je ne savais pas qu'il avait eu une vie si romanesque: une adolecence dans les années d'après-guerre, une période faste d'écriture dans les années 30, plusieurs décennies en tant que scénariste pour Hollywood et plusieurs adaptations de ces romans au cinéma (avec plus ou moins de succès), une seconde période d'écriture dans les années 50, et une fin de vie digne de Borges (encore), dictant aveugle à sa femme, son dernier roman. Mais ce qui est le plus troublant, c'est qu'il n'a vraiment connu de succès qu'à sa mort, et plus en Europe qu'aux Etats-Unis! C'est même en France qu'il connait la plus grande notoriété et que se trouve le berceau de sa notoriété posthume. Grâce à un article paru dans les années 80 dans Libération signé Philippe Granier, Christina Bourgois se lance dans l'édition française des oeuvres de Fante:
"Nous avons commencé à travailler ensemble, informellement, à la fin de l'été 1984. J'avais publié un article dans Libération sur John Fante, signalant la réédition de ses livres oubliés chez Black Sparrow. Sur la foi de ce papier, Bourgois m'annonçait qu'il en avait acheté quatre ! Et désirais-je en traduire un, ou plusieurs ? Demande à la poussière me suffirait, merci. Ce coup-ci fut le bon, il n'y en eut jamais de meilleur, mais j'étais aussi interloqué qu'inquiet. A tort : trois ans plus tard, il y avait des piles de Fante dans les kiosques d'aéroports."
(Extrait de l'article Bourgois et son poisson pilote, de Philippe Garnier, Libération, 27 décembre 2007)
J'ai lu Demande à la poussière et j'ai vraiment adoré le style. Il a fallu que je vérifie de mes propres yeux, sur la page du colophon que ce livre avait bien été édité en 1939: le style est tellement percutant, fluide (comme le dit si bien Bukowski dans la préface qu'il écrivit de ce roman, en 1979) et moderne! Le personnage d'Arturo Bandini, alter-ego de l'auteur, est savoureux, à l'aube de sa carrière d'écrivain. Cela m'a donné envie de lire les autres livres de cet auteur majeur de la littérature américaine du XXe siècle, et plus spécialement le cycle d'Arturo Bandini (La route de Los Angeles, Bandini, et Les Rêves de Bunker Hill), mais pas encore...je me laisse ennivrer par le souvenir d'une délicieuse lecture...
Hier matin, alors que je prenais mon petit déjeuner devant l'écran cathodique, j'ai failli m'étrangler devant la nouvelle programmation de M6. Au début, j'ai compris qu'il s'agissait d'une série se déroulant dans une librairie. Je me suis dit: "Chouette!" Bon, c'est un énième sitcom américain, avec rires enregistrés et blagues toutes faîtes, mais bon...cela change des éternelles séries sanguinaires." J'ai zappé dessus au moment où une blonde dormait les bras sur le comptoir du café de la librairie. Quand cette dernière s'est réveillée, quelle n'a pas été ma surprise de découvrir Pamela Anderson. Oulà...j'ai tout de suite pensé: "Qu'est-ce que c'est que cette série avec Barb Wire?" Le stéréotype de la blonde idiote pas si conne qui lit des bouquins n''est-il pas un peu éculé? Une série tout entière peut-elle tenir plusieurs saisons avec ce postulat bête à pleurer?" Malgré toutes ces remarques, je me suis prise à regarder jusqu'au bout et je n'ai pas trouvé cela si mauvais. La seule chose qui ne tienne pas la route est que, aussi gentille que Pamela Anderson puisse paraître dans cette série, ce rôle de composition sied mal à une quadragénaire aussi plantureuse soit-elle.
Les Américains sont très loin de leur première tentative de transformation d'ingénue en blonde fatalement spirituelle sur pellicule. Souvenons-nous du film Comment l'esprit vient aux femmes avec la belle blonde oscarisée Judy Holliday, film de George Cukor peu connu tourné au début des années 50 et qui a donné lieu à un remake avec Mélanie Griffith. Plus sérieusement, les rares essais filmiques autour du monde "mystérieux et romanesque" de la librairie sont rares. On peut citer The shop around the corner avec James Stewart, revu et corrigé lui aussi avec plus de succès en surfant sur la mode du web encore peu développé en France avec Vous avez un message, film dans lequel la jolie Meg Ryan pleure en conseillant un livre pour enfants dans la grande librairie de son concurrent. ("Ah, les libraires ne sont plus ce qu'ils étaient...et tous les vendeurs des grandes surfaces culturelles sont des incultes de première classe...", tel est semble-t-il le contenu du fameux message).
En faîte, les Anglais sont bien plus subtils et leur humour noir, aussi célèbre que leurs comédies romantiques, peut faire passer beaucoup mieux ce genre d'axiome. La librairie de Hugh Grant dans Coup de foudre à Notting Hill ne rend-elle pas à elle seule plus justice du quotidien du libraire? Certes, ne vous faîtes aucune illusion: Julia Roberts a peu de chance de pousser la porte de votre bookshop, mais les voleurs à la sauvette, les emmerdeurs de service et les habitués sont monnaie courante dans les librairies, lieu hors pair pour de nombreuses situations cocasses. Les British se sont déjà essayés à tirer le filon en faisant une série dans le ton, intitulée Black Books, qui aura duré elle plus longtemps que Les lectures d'une blonde avec trois saisons (entre 2000 et 2004), contre deux saisons pour cette dernière. Il n'y avait pas de jolies blondes dans cette série, si ce n'est bien mousseuses, alors évidemment...
Eh oui, l'été approche et la plus belle saison arrive à sa fin. Déjà les chaudes journées pointent le bout de leur nez, les gens font des rêves de plage et d'aventures, et les marchands de sel (ou de rêves, c'est kif-kif) se plongent dans de délicieuses lectures...à partager. Quels livres à lire?
Géraldine Brooks est le genre de femmes que l'on ne peut que trouver sympathique. Son visage donne confiance et sa vie est vraiment une belle histoire. Elle a travaillé notamment au Wall Street Journal, pour lequel elle a fait de nombreux reportages de guerre, notamment en ex-Yougoslavie (dont elle parle si bien dans son livre) et en Afrique. C'est d'ailleurs à la suite de son emprisonnement dans les geôles nigériennes qu'elle a décidé de se consacrer entièrement à l'écriture. C'est avec son deuxième livre, March, qu'elle obtient le Prix Pullitzer. Pour la petite histoire, son mari, l'écrivain Tony Horwitz est lui aussi lauréat de ce prix qu'il a obtenu onze ans avant sa femme, en 1995, alors qu'il était lui-même journaliste au Wall Street Journal. Ils se sont mariés en France, à Tourettes-sur-Loup (précisément dans le village où j'ai passé ma nuit de noces!) La deuxième anecdote: Catherine Zeta Jones a acquis les droits d'adaptation cinématographique de ce livre. Rien d'étonnant!
Pour en savoir plus: sur Géraldine Brooks (et notamment sur People of the book), sur la destruction du patrimoine livresque à Sarajevo (lire l'excellente note sur la Bibliothèque nationale et universitaire de Sarajevo)
En ce moment, à la bibliothèque, je trouve plein de nouveautés (elles sont présentées sur une table et elle est plus souvent tabula rasa, si je puis me permettre cette expression;) Toujours-est il que j'ai trouvé deux livres qui m'ont bien plu et dont je souhaitais vous parler, car ce sont deux "écrivaines" de talent et je crois que cela mérite un peu de publicité!
Nell Freudenberger est une jeune auteur de ma génération, qui s'est fait connaître avec ce recueil de nouvelles, Lucky Girls paru en 2005, dans le New Yorker.
C'est le genre de lectures qu'il faudrait lire quand on a quinze ans. Il parle en effet des premières expériences de jeunes femmes, qui sont tout éloignées de leur pays d'origine, comme si le fait d'être immergée dans une civilisation lointaine, très différente de la sienne (en l'occurrence, d'Asie) était propice à de nouvelles explorations de soi-même. Les héroïnes rencontrent des hommes plus mûrs, mais ce sont toujours elles qui marchent sur le sentier de la sagesse. Il y a quelques passages superbes sur le lien fort et émouvant existant entre le milieu où nous sommes et les impressions qui nous submergent, et que seules certaines personnes arrivent à exprimer par l'écriture.
Pour en savoir plus, je vous invite à lire l'interview qu'elle a accordée et a été traduite sur le site Parutions.com.
Pour en savoir plus sur Sadie Jones.
Kafka sur le rivage est intriguant par son titre et sa fascination s'exerce tout au long de la lecture. Le livre se lit comme un policier, où le lecteur jongle entre trois, puis deux, et enfin une seule et même "intrigue" ou plutôt mystère (en fait, il faudrait inventer un mot rien que pour ce roman) qui nous mène aux frontières entre le rêve et la réalité crue. Un beau plongeon dans le Japon entre rites et vie moderne. Haruki Murakami, plusieurs fois nommé pour le Prix Nobel de littérature, est - on le sent bien- un homme cultivé, amateur de musique classique et féru de littérature. Laissez-vous emporter...
Pour en savoir plus: dans le livre, une grande partie de l'action se situe dans une bibliothèque, "la bibliothèque commémorative de Komura", qui n'existe pas en réalité, au grand dam des admirateurs du roman et de l'auteur. Vous pouvez néanmoins avoir une petite idée de cette bibliothèque imaginaire (qui n'aurait sans doute pas déplu à Alberto Manguel) sur ce blog:
http://www.flickr.com/photos/willau/15551827/
Ce qui m'amuse dans ces trois dernières lectures, c'est le fait que les personnages éponymes soient tous des adolescents d'une quinzaine d'années. Tiens, tiens...est-ce un hasard selon vous?
Avez-vous aimé ma première sélection printanière? l'avez-vous trouvé trop studieuse? En voici une nouvelle qui pourrait vous combler. Bonne lecture à tous, passants et fidèles lecteurs!
Mon mari et moi nous sommes rencontrés dans une Cité universitaire dans le Sud de la France par une froide nuit du mois d'octobre. Et la personne qui a été un peu à l'origine de cette rencontre, qui a un peu forcé notre destin, s'appelle Yacoub Traoré. C'est un grand homme, filiforme avec une voix pleine de chaleur. Le genre d'homme que l'on n'oublie pas. Aussi n'étais-je qu'à moitié surprise d'apprendre il y a quelques semaines que notre ange gardien avait écrit un livre sous le pseudonyme TYN. Il ne s'agit pas d'un petit livre obscur écrit sur un de ses sujets d'étude ou d'une nouvelle écrite sur le coin d'un banc de fac...mais d'un bon gros pavé, de ceux que l'on dévore à pleines dents l'été, au bord de la piscine ou dans son lit bien au frais sous la lune. Si vous avez aimé Tolkien, si vous êtes féru des grandes sagas épiques, alors allez découvrir le premier tome des Aventures du Schountari, La Chute du Dagantar, publié aux éditions Publibook (vous pourrez y lire le synopsis, une critique et les premières pages du livre). Si vous souhaitez en savoir plus sur cet auteur, ingénieur au Gabon à la ville, je vous invite à lire l'entretien qu'il a réalisé sur le site Afrikibouge.
Vous connaissez mon intérêt pour les livres qui parlent de livres, de romanciers plein d'états d'âme, de lectrices ou lecteurs passionnés, de libraires obscures, alors vous ne serez pas étonnés d'apprendre que je suis tombée amoureuse d'un livre (sans l'avoir encore lu...c'est comme pour la première fois en amour, on voudrait déguster). L'objet de mon désir s'appelle L'Amour est à la la lettre A de Paola Calvetti, publié aux Éditions de la Cité. Je crois que j'ai toujours été très attirée par la littérature italienne, voire même plus largement par l'aspect profondément romanesque et romantique de l'Italie. Ce livre ne fera pas exception. Le sujet est simple:
Milanaise romantique, Emma décide de changer radicalement de vie en ouvrant une librairie de quartier baptisée Rêves & Sortilèges...
Le charme et l'originalité de sa boutique résident dans sa spécialité : les livres consacrés à l'amour. Emma, qui semble s'être résignée au célibat depuis son divorce, n'a pas son pareil pour dénicher l'ouvrage qui aidera un client perdu sur la carte du Tendre. C'est évidemment par l'intermédiaire d'un livre qu'Emma retrouvera Federico, son grand amour de jeunesse. Alors qu'ils ne se sont pas vus depuis trente ans, tout se passe comme s'ils ne s'étaient jamais quittés. Si ce n'est que Federico vit à présent à New York, où il est architecte, marié et père d'une adolescente. Malgré tout, Federico et Emma entament une relation épistolaire, après avoir ouvert chacun une boîte postale dont ils sont les seuls à connaître l'existence... Dans ce roman hors normes, Paola Calvetti rend un vibrant hommage au pouvoir des mots et de la littérature. A lire pour rêver, les yeux ouverts, à toutes les possibilités de l'amour.
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Dans la continuité de ma dernière note sur l'incarcération de Julien Coupat et de l'audition d'Éric Hazan, la Maison des écrivains et de la littérature a écrit une pétition pour la défense de la liberté de lire, d'écrire et d'éditer. Je vous invite à faire un petit tour sur ce site. Vous trouverez ci-après le texte de défense et un lien vers la pétition.
"Nos bibliothèques sont toutes pleines à craquer de livres
subversifs. De ceux là, nous vient l’inspiration. De ceux-là, nous
apprenons à penser. De ceux-là, nous apprenons à douter. Mais aussi à
croire. De ceux-là, nous apprenons à lire le monde, à le délier aussi.
A ceux-là, nous tenons, tant ils nous tiennent en vie. Ces livres que
nous lisons, que nous aimons sont tous, par essence, dans le fond comme
dans la forme – par le rapport qu’ils entretiennent à la langue,
enracinée dans le vivant –, subversifs."
Ainsi, pour dénoncer le délit de lecture dont est accusé Julien Coupat, nous entendons ouvertement déballer nos bibliothèques, à l’instar de Walter Benjamin. La pétition est accessible ici.
L'éditeur Eric Hazan, directeur des éditions La Fabrique, a été convoqué le 9 avril dernier par les policiers de la SDAT (Sous-Direction Anti-Terroriste) dans le cadre de l'enquête sur le "groupe de Tarnac" et les sabotages des lignes TGV.
Même si Eric Hazan a été entendu en qualité de témoin, la chose est assez rare pour être signalée, à savoir que la police anti-terroriste ait à convoquer un directeur de maison d'édition afin de l'interroger sur l'une de ses publications, en l'occurrence L'insurrection qui vient (La Fabrique, 2007).
Les policiers de la SDAT soupçonnent en effet Julien Coupat - emprisonné depuis la mi-novembre 2008 - d'être l'un des auteurs de cet ouvrage signé par le désormais célèbre mais toujours mystérieux "Comité invisible".
La maison d'édition a réagi : "Cette tentative d'impliquer un livre et un éditeur dans une association de malfaiteurs terroristes constitue une grave atteinte à la liberté d'expression. N'étant pas témoin des faits instruits
dans cette affaire, Eric Hazan a répondu qu'il n'était pas dans son rôle de combler le vide du dossier. S'il existe des éléments dans L'Insurrection qui vient enfreignant les lois sur la presse, Eric Hazan est prêt à en répondre
devant les tribunaux compétents."
Quant à l'avocat de l'éditeur, il trouve dangereux que "ce livre, qui n'a fait l'objet d'aucune procédure en matière de presse, soit inclus dans une instruction pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. On n'a pas vu ça depuis la guerre d'Algérie."
Source: biblio.fr, texte de Raymond Romano.
Note du Marchand de sel: je vous invite très vivement à aller voir le site de La Fabrique pour connaître l'engagement de son éditeur, découvrir un catalogue riche (notamment des ouvrages sur l'édition et l'avenir de livre écrit par André Schiffrin). Un démarche plus que salutaire.
En me rendant à la librairie Goulard, sur le Cours Mirabeau, j'ai trouvé deux livres particulièrement alléchants. Le premier s'intitule Le Faussaire et son double. Écrit par Lucien d'Azay, il s'agit d'une biographie du poète maudit Thomas Chatterton.
Premier poète romantique, aussi talentueux que précoce, mais pauvre et orphelin, voué enfin à l'échec, à la folie et à l'autodestruction, Thomas Chatterton incarne tous les fantasmes dont s'est enivré le romantisme. Il est aussi l'un des plus grands faussaires de la littérature occidentale. En effet, Chatterton laisse une œuvre complexe et singulière, écrite moitié en anglais moderne et moitié dans un pseudo-anglais médiéval qu'il attribue à un moine imaginaire, Thomas Rowley, contemporain de Villon. De peur qu'on n'apprécie pas ses vers à cause de son âge, il fabrique de faux manuscrits médiévaux, qui trompent les notables de Bristol, sa ville natale, et même Horace Walpole, alors au sommet du monde littéraire britannique (à qui on doit le concept subtilement british de serendipity) La supercherie se révèle si efficace que Chatterton ne parvient plus à se défaire de son masque. Le 24 août 1770, à Londres, après avoir en vain essayé de vivre de sa plume, il s'empoisonne dans une mansarde de Brooke Street. Il a dix-sept ans et neuf mois. Une vraie vie romanesque dont plusieurs auteurs ont été inspirés: Alfred de Vigny et Keats, par exemple. Un régal de lecture donc paru aux éditions Belles Lettres.
Toujours dans la veine anglaise (ne dit-on pas que le printemps est la plus belle des saisons en Angleterre?), je suis tombée amoureuse d'une très belle édition, celle de L'Anneau et le livre de Robert Browning. Paru chez le jeune éditeur Le Bruit du temps, qui fêtera sa première année d'existence le 4 juin prochain, ce livre est une réédition sublime du texte paru en français il y a 50 ans aux éditions Gallimard. Publiée cette fois en édition bilingue, cette oeuvre a été traduite par Georges Connes. Le péritexte est tout bonnement superbe (avec une préface de Marc Porée, spécialiste de la poésie anglaise). L'impression est aussi de haut vol: papier, typographie, mise en pages, reliure, du grand art! Et somme toute pour un prix raisonnable (39€).
Tout a commencé lorsque l'auteur a découvert un "vieux livre jaune" chez un bouquiniste, qui présente le procès de Guido Franceschini tenu à Rome en 1698. Même si Robert Browning a écrit son oeuvre fleuve en vers, la traduction prosaïque en français ne retire en rien à la force du livre, qui se dévore comme une intrigue policière, tout en appréciant la dimension poétique. La structure a été exploitée par la suite par des romanciers (Faulkner, Christa Wolf) et des cinéastes (Kurosawa). C'est par ce biais que l'auteur devient tardivement célèbre. Henry James consacrera lui-même plusieurs écrits sur cet artiste hors-pair, également publiés chez Le Bruit du temps, rassemblés dans un essai intitulé Sur Robert Browning.
Parfois, certains livres mettent plusieurs années à nous parvenir, celui de Sam Savage en fait en quelque sorte partie. Il fait partie aussi de ceux qu'on aurait écrire, qui nous touchent et que l'on n'oublie jamais. Rien que le titre évoque déjà tant de choses pour les bookworms que nous sommes: Firmin. Autobiographie d'un grignoteur de livres (Actes Sud), ou l'histoire d'un rat de bibliothèque (mais qui crèche dans une librairie d'occasion) rêve sa vie à travers les livres, avant de croire pouvoir affronter la vraie vie parmi les hommes. Le nom du "héros", moins agaçant que Stuart Little ou cette satanée star de Mickey Mouse, n'est pas sans évoqué le célèbre imprimeur Firmin Didot, issu de la grande dynastie des Didot. Pas étonnant que celui qui a inventé le point typographique et une des plus célèbres polices de caractères, ait pu inspirer notre ratatouille des lettres. Le livre, dont je vous invite à lire le premier chapitre (téléchargeable en format PDF ou en version HTML sur les moteurs de recherche), est un petit bijou.
Enfin, ce n'est pas sans une certaine once de fierté que j'ai découvert le dernier numéro de Lire, consacré à la littérature italienne. En couverture, la toujours splendide villa de "mon cher" Curzio Malaparte à Capri (où fut tourné le film Le Mépris de Godard), et pour ma plus grande joie, la nouvelle de la parution d'un inédit de l'auteur d'origine allemande, intitulé Le Compagnon de voyage, aux éditions du Quai Voltaire, sur la Libération de la Sicile. Plutôt d'actualité non? Et pour ceux qui voudraient prolonger la plaisir, la réimpression du livre de Raymond Guérin, Du côté de chez Malaparte (éd. Finitude).
La fondation Culture papier doit être créée fin mai sous l’impulsion de l’Union nationale de l’imprimerie et de la communication graphique (Unic). Objectif : valoriser la lecture de livres et de la presse écrite.
Le 27 mai prochain aura lieu l’assemblée générale constitutive de l’association Culture papier, prélude à la création d’ici un an et demi d’une fondation reconnue d’utilité publique et destinée à mettre en œuvre des actions de valorisation de l’imprimé et du papier.
Initiée par l’Unic, rejointe par d’autres organisations professionnelles de la filière graphique, Culture papier mènera des campagnes de communication auprès du grand public, et en particulier des jeunes, et une action de lobbying auprès des décideurs politiques et économiques.
L’objectif est de redorer l’image du papier et de l’imprimé, qui sont “la cible d’attaques régulières au regard de leur soi-disant nocivité pour l’environnement, selon la plaquette de présentation de la fondation. Or le papier constitue un produit naturel, particulièrement écologique, renouvelable, recyclable et bon marché.”
Le projet bénéficie du soutien d’une quarantaine de députés, dont Michel Lejeune (Seine-Maritime, UMP), qui doit initier la constitution à l’Assemblée nationale d’un groupe d’étude sur la culture papier, Hervé Gaymard, député de Savoie (UMP) et auteur du rapport Situation du livre. Évaluation de la loi relative au prix unique du livre et questions prospectives, qui projette de créer un club du livre à l’Assemblée. Cette idée a également reçu l’appui d’écrivains comme Didier van Cauwelaert ou Eric-Emmanuel Schmitt, et de Laurent Joffrin, directeur de Libération.
(extrait d'un article de Livres Hebdo, intitulé "L'imprimé et le papier passent à l'offensive", mai 2009)
Depuis quelques jours, la Bibliothèque numérique mondiale (BNM) a ouvert officiellement son site aux Internautes. J'ai l'intention de faire une note sur le sujet. Je voulais avoir votre opinion sur ce site. Sa forme et son contenu, ses missions et sa création, et tout autre tenant de l'entreprise que vous aurez jugé intéressant de critiquer. Je fais appel à vous dans la prochaine rédaction sur mon blog d'une note sur cette initiative. Découpé en continents, puis en pays, le catalogue de la BNM mérite d'être parcouru. Vous êtes originaire d'un pays représenté? Vous êtes féru de culture de tel ou tel pays? Je vous invite à écrire un petit paragraphe sur ce que vous avez tiré de cette lecture et de me l'envoyer par Message Privé avec l'objet: "BNM". Je rédigerai ma note en fonction de mes réflexions et de vos commentaire, avec la possibilité de vous citer comme témoignage de cette recherche. Merci d'avance pour votre contribution. Et bonne découverte.
Dimanche, j’ai vu par hasard un magnifique documentaire sur les papyrus d’Herculanum sur la chaîne ARTE. Je vous conseille très vivement d’aller la visionner : c’est une petite heure de pur délice. Vous pouvez la regarder en cliquant sur le lien suivant : Herculanum, une bibliothèque en cendres, par Julie Walker (2003).
Qui ignore la terrible tragédie de Pompéi qui a péri sous les cendres du Vésuve en Italie en 79 après Jésus-Christ ? Mais qui connaît l’histoire d’Herculanum, ville résidentielle, bijou de la côté napolitaine ? Elle aussi, tout comme la célèbre ville marchande, a été touchée par le volcan, et la plus grande découverte archéologique qui en a été faite au milieu du XVIIIe siècle, pourrait faire de l’ombre aux manuscrits de Qumrân. On a effet découvert en 1752, dans le plus beau palais de la Cité, résidence secondaire de Lucius Calpurnius Piso Caesoninus, beau-père de Jules César, les vestiges d’une bibliothèque. En raison de cette découverte, cette splendide demeure a été rebaptisée la Villa des Papyrus (Villa dei Papyri). À l'occasion du 300e anniversaire de la découverte du site, une importante exposition s'est tenue au musée archéologique de Naples d’octobre 2008 à avril 2009, qui a fait sortir des réserves de magnifiques statues trouvées dans cette villa.
Mais pour en revenir aux papyrus qui ont été extirpés de la gangue volcanique, on a du mal à imaginer comment de semblants vulgaires morceaux de charbon pouvaient contenir le plus ancien témoignage du savoir antique écrit. À l’époque de leur découverte, sur les quelques 1800 papyrus récupérés, une partie a subi les outrages de l’ignorance. Le plus gros problème en effet, assez paradoxal, a été de trouver un moyen de les dérouler sans les réduire en miettes, après avoir survécu pendant des siècles aux périls de la nature et du temps. Je vous laisse le soin de découvrir les moyens qui ont été pensés au cours de deux derniers siècles : des plus barbares aux plus révolutionnaires.
La conclusion du documentaire laisse songeur et donne à réfléchir : de tels témoignages du passé ont réussi à survivre durant toutes ces années ; une fois découvertes, il faut encore un temps extrêmement long pour pouvoir accéder aux trésors de savoir qu’ils renferment ; et finalement, ces papyrus ont traversé l'Histoire sans dommage, alors que pour un seul homme passionné, sa seule vie ne suffira pas à laisser une empreinte sur leur parcours…Une chose est sûre: comme vous pourrez en juger, Herculanum est loin d'avoir dévoilé tous ses secrets...